Ce que tu dois savoir faire après cette fiche
- 1.Définir l'anatomie et situer sa place dans les études médicales.
- 2.Connaître les différentes façons d'aborder l'étude de l'anatomie.
- 3.Maîtriser la position anatomique de référence et les quatre plans anatomiques.
- 4.Utiliser correctement les termes de rapport et de mouvement.
- 5.Décrire les éléments constitutifs de base : os, articulations, muscles, artères, veines, nerfs et lymphatiques.
Sommaire de la fiche
- Introduction
- I. Repères historiques
- A. Antiquité
- B. Âge d'or de la médecine arabo-musulmane (Xe-XIIIe siècles)
- C. Renaissance et époque moderne
- II. Les façons d'aborder l'étude de l'anatomie
- III. Terminologie anatomico-médicale
- A. La position anatomique de référence
- B. Les plans anatomiques
- C. Les termes de rapport
- D. La terminologie des mouvements
- IV. Le système squelettique
- A. Définitions
- B. Le tissu osseux
- C. Classification des os selon la forme
- D. Classification topographique
- V. Articulations, tendons, ligaments et muscles
- A. L'articulation
- B. Le tendon
- C. Le ligament
- D. Le muscle
- VI. Les structures vasculaires et nerveuses
- A. Les artères
- B. Les veines
- C. Les nerfs
- D. Les lymphatiques
- Conclusion
Introduction
Le terme anatomie vient du grec « anatomia » (ou « anatome »), qui signifie « couper à travers », « disséquer ». L'anatomie est la science des structures organisées du corps humain : elle décrit la forme, la situation et les rapports des organes qui composent l'organisme.
Son intérêt est capital : l'anatomie est la science fondamentale des études médicales, celle sur laquelle reposent la physiologie, la sémiologie clinique, l'imagerie et la technique chirurgicale. Aucun examen clinique, aucune interprétation de radiographie, aucun geste opératoire n'est possible sans une représentation exacte de l'architecture du corps. Elle intéresse également le biologiste, l'anthropologue et l'artiste.
Ce chapitre introductif pose le vocabulaire commun à toute l'année. Nous verrons successivement les repères historiques, les différentes façons d'aborder l'anatomie, la terminologie anatomico-médicale (position de référence, plans, termes de rapport et de mouvement), puis les éléments constitutifs de base du corps humain : le système squelettique, les articulations, les muscles et les structures vasculo-nerveuses.
I. Repères historiques
L'anatomie est l'une des plus anciennes disciplines médicales ; son histoire éclaire la démarche descriptive qui est encore la nôtre aujourd'hui.
A. Antiquité
- 3000 ans av. J.-C. : premières descriptions sur papyrus, momification des corps en Égypte.
- Hippocrate (460-377 av. J.-C.) : enseigne l'anatomie humaine en Grèce.
- Aristote (384-322 av. J.-C.) : fondateur de l'anatomie comparée ; il emploie pour la première fois le terme « anatome ».
- Galien (131-201 apr. J.-C.) : « prince des médecins », enseigne l'anatomie ; ses travaux reposent surtout sur la dissection du singe, d'où de nombreuses erreurs transmises pendant des siècles.
B. Âge d'or de la médecine arabo-musulmane (Xe-XIIIe siècles)
- Ibn Al-Haïtham (965-1040) : premier à décrire l'anatomie de l'œil ; travaux célèbres sur les lentilles.
- Ibn Sina / Avicenne (980-1037) : dissèque les corps issus des champs de bataille ; auteur du « Canon de la médecine ».
- Ibn Rochd / Averroès (1126-1198) : auteur de l'« Anatomie des organes ».
- Ibn An-Nafis (1213-1288) : première description de la circulation pulmonaire, plus de trois siècles avant Harvey.
C. Renaissance et époque moderne
- André Vésale (1514-1564) : professeur d'anatomie à Padoue, publie en 1543 le « De Humani Corporis Fabrica » et pratique les premières dissections publiques. Il fonde l'anatomie sur l'observation directe et corrige les erreurs galéniques.
- Jacques Dubois (Sylvius, 1478-1555) : décrit l'artère cérébrale moyenne. Gabriel Fallope : décrit la trompe utérine et le nerf facial.
- William Harvey (1578-1657) : décrit en 1628 la circulation du sang. Malpighi : vaisseaux capillaires. Sténon : contraction du muscle cardiaque. Pecquet : circulation lymphatique.
- XVIIIe-XIXe siècles : essor des amphithéâtres de dissection ; Morgagni fonde l'anatomie pathologique ; loi anglaise de 1832 autorisant les étudiants à disposer de corps non revendiqués ou légués ; naissance de l'anatomie topographique puis chirurgicale ; travaux de Corti, Pacini et Golgi en neuro-anatomie ; fixation par le formol (1890) ; découverte des rayons X par Röntgen en 1895.
- Anatomie actuelle : anatomie du vivant explorée par l'imagerie (TDM, IRM, PET, échographie) et par l'endoscopie ; en 1993, le projet « Visible Human » fournit la première reconstruction 3D à partir de 1 800 fines lames de coupe.
II. Les façons d'aborder l'étude de l'anatomie
Une même région peut être étudiée selon plusieurs approches complémentaires ; elles ne s'opposent pas mais se superposent.
| Approche | Objet de l'étude |
|---|---|
| Anatomie descriptive | Étude analytique de la morphologie des organes pris isolément : forme, dimensions, poids, structure. C'est l'étude de base. |
| Anatomie régionale (topographique) | Étude du corps région par région (thorax, abdomen, pelvis, membres, tête et cou) : les organes sont décrits les uns par rapport aux autres. |
| Anatomie systémique | Étude par système : ostéo-articulaire, musculaire, vasculaire, nerveux, digestif, respiratoire, uro-génital, endocrinien. |
| Anatomie radiologique | Étude de la morphologie par l'imagerie : TDM, IRM, PET, échographie, scintigraphie. |
| Anatomie clinique | Corrélation avec la pratique médicale ; intègre les approches régionale, systémique et radiologique et souligne leurs applications. |
| Anatomie comparée | Rapports entre structures homologues des différentes espèces : ontogenèse (entre individus), phylogenèse (entre espèces). |
| Anatomie anthropologique | Variations morphologiques au sein de l'espèce humaine. |
| Anatomie du développement | Prénatale (embryologie), post-natale (croissance), malformations congénitales (tératologie). |
| Anatomie pathologique | Étude des lésions morphologiques provoquées par la maladie. |
| Anatomie microscopique | Étude à l'échelle cellulaire et tissulaire : cytologie, histologie. |
| Anatomie artistique | Étude des formes extérieures, destinée aux sculpteurs, graveurs et peintres. |
III. Terminologie anatomico-médicale
A. La position anatomique de référence
Toutes les descriptions anatomiques se réfèrent à cette position unique, quelle que soit la position réelle du sujet examiné. C'est une convention indispensable : sans elle, les termes « en avant » ou « en dedans » n'auraient aucun sens.
- Sujet debout, en équilibre.
- Pieds joints.
- Face, yeux et paumes des mains dirigés vers l'AVANT.
B. Les plans anatomiques
- 1. Le plan médian : plan vertical divisant le corps en deux moitiés, droite et gauche. Il définit les termes MÉDIAL (proche du plan médian, ou interne) et LATÉRAL (à distance du plan médian, ou externe).
- 2. Les plans sagittaux : plans parallèles au plan médian. Le plan médian est lui-même l'un des plans sagittaux ; l'inverse n'est pas vrai.
- 3. Les plans coronaux (ou frontaux) : perpendiculaires au plan médian, ils divisent le corps en une partie antérieure (ventrale) et une partie postérieure (dorsale).
- 4. Les plans transversaux (ou horizontaux) : perpendiculaires à la fois aux plans médian et coronal, ils divisent le corps en une partie supérieure (crâniale) et une partie inférieure (caudale).
C. Les termes de rapport
| Situation | Terme | Synonyme |
|---|---|---|
| En avant | Antérieur | Ventral |
| En arrière | Postérieur | Dorsal |
| En haut | Supérieur | Crânial |
| En bas | Inférieur | Caudal |
| Près du plan médian | Médial | Interne |
| À distance du plan médian | Latéral | Externe |
| Proche de l'origine d'un membre | Proximal | — |
| Loin de l'origine d'un membre | Distal | — |
D. La terminologie des mouvements
- Abduction : mouvement qui écarte un membre du plan médian.
- Adduction : mouvement qui rapproche un membre du plan médian.
- Flexion : mouvement qui porte une partie du corps vers l'avant par rapport au reste du corps.
- Extension : mouvement inverse, qui ramène cette partie vers l'arrière.
- Pronation : rotation interne de 180° de la main (le pouce se rapproche du plan médian, la paume regarde en arrière).
- Supination : mouvement inverse, rotation externe qui replace la main en position anatomique de référence, paume en avant.
- Opposition : mouvement qui porte la pulpe du pouce vers la pulpe d'un autre doigt ; c'est le mouvement fondateur de la préhension.
IV. Le système squelettique
A. Définitions
- Système squelettique : ensemble des structures rigides du corps contribuant à son maintien.
- Os : tissu conjonctif hautement spécialisé et rigide ; organe dur qui constitue la charpente interne de l'homme et des vertébrés.
- Cartilage : tissu conjonctif élastique et semi-rigide.
B. Le tissu osseux
Sur une coupe longitudinale d'os long, on distingue deux variétés de tissu osseux :
- L'os compact : condensé, solide et résistant ; il forme la corticale.
- L'os spongieux : d'aspect aréolaire, « en éponge » ; il occupe les épiphyses et les os courts.
- L'os est recouvert du périoste, membrane fibreuse assurant sa croissance en épaisseur et sa vascularisation superficielle.
- Vascularisation : artères diaphysaires (nourricières), épiphysaires et périostées.
C. Classification des os selon la forme
- Os longs : situés au niveau des membres. Ils comportent un corps ou diaphyse, généralement triangulaire à la coupe avec trois bords, et deux extrémités ou épiphyses, l'une proximale (supérieure) et l'autre distale (inférieure), raccordées à la diaphyse par les métaphyses.
- Os courts : dans les zones charnières des segments distaux des membres — le carpe (squelette du poignet) et le tarse (squelette de la cheville).
- Os plats : ils présentent deux faces, des bords et des angles ; ils siègent au niveau du crâne et des ceintures (scapula, os coxal).
- Os irréguliers : os allongés (clavicule), os arqués (côtes), os rayonnés (vertèbres), os pneumatiques (cavités remplies d'air ou sinus).
- Repère géométrique utile : une face correspond à une surface, un bord à une ligne, un angle à un point.
- Chaque extrémité comporte une partie articulaire, libre, qui permet le mouvement, et une partie non articulaire, qui reçoit les insertions musculaires et ligamentaires.
D. Classification topographique
- Squelette axial : crâne, colonne vertébrale, côtes et sternum.
- Squelette appendiculaire : ceintures et os des membres.
V. Articulations, tendons, ligaments et muscles
A. L'articulation
L'articulation est l'ensemble des éléments par lesquels les os s'unissent les uns aux autres. On la classe selon sa mobilité :
| Classe | Mobilité | Caractéristiques et exemples |
|---|---|---|
| Synarthroses | Immobiles | Union par tissu fibreux ou cartilagineux, sans cavité articulaire : sutures du crâne. |
| Amphiarthroses | Semi-mobiles | Union par un disque fibro-cartilagineux : symphyse pubienne, disques intervertébraux. |
| Diarthroses | Mobiles | Vraies articulations synoviales : surfaces recouvertes de cartilage, capsule, membrane et liquide synovial ; genou, épaule, hanche. |
Une diarthrose (articulation synoviale) associe des surfaces articulaires recouvertes de cartilage articulaire, une cavité articulaire contenant le liquide synovial, une capsule renforcée par des ligaments, et les muscles péri-articulaires qui en assurent la stabilité active.
B. Le tendon
- Partie blanche, résistante et dense qui constitue l'extrémité d'un muscle ; le tendon fait partie du muscle et assure son insertion sur l'os.
C. Le ligament
- Élément de tissu conjonctif qui relie ou maintient l'un près de l'autre deux organes ou deux os.
- Ligaments fibreux : disposés autour des articulations, ils en limitent les mouvements et en assurent la stabilité passive.
- Ligaments séreux : replis du péritoine reliant les viscères abdominaux.
D. Le muscle
Organe doué de la propriété de se contracter. On distingue deux grandes variétés :
- Muscles rouges = striés = volontaires = squelettiques : ils s'insèrent sur le squelette et assurent le mouvement et la posture.
- Muscles blancs = lisses = involontaires : destinés à la vie végétative, annexés à un viscère (estomac, vessie, vaisseaux).
- Le muscle cardiaque (myocarde) occupe une place à part : strié, mais involontaire et automatique.
VI. Les structures vasculaires et nerveuses
A. Les artères
- Définition : vaisseaux sanguins qui conduisent le sang issu des ventricules du cœur vers les organes. Leur paroi est épaisse et rigide, adaptée au régime de haute pression.
- Deux artères partent du cœur : le tronc pulmonaire, né du ventricule droit, pour la petite circulation (circulation pulmonaire) ; l'aorte, née du ventricule gauche, pour la grande circulation (circulation systémique).
- Structure — trois tuniques : intima (interne, endothélium), média (moyenne, musculo-élastique), adventice (externe, conjonctive).
- Piège classique : dans la petite circulation, la disposition est inversée — l'artère pulmonaire transporte un sang pauvre en oxygène et les veines pulmonaires un sang riche en oxygène. Une artère se définit par son sens de circulation (elle part du cœur), non par la nature du sang qu'elle transporte.
B. Les veines
- Définition : conduits sanguins membraneux et très dilatables qui ramènent le sang au cœur, depuis les capillaires jusqu'aux atriums (oreillettes).
- Situation : veines profondes (sous-aponévrotiques), satellites des artères ; veines superficielles (sus-aponévrotiques), accompagnées de nerfs superficiels et se jetant dans le réseau profond.
- Structure : mêmes trois tuniques que l'artère, mais la média est musculaire et fine — d'où une paroi souple et une grande capacité de dilatation.
- Les valvules : expansions endothéliales formées de deux valvules, qui empêchent le reflux sanguin et orientent le flux vers le cœur.
- Sont dépourvues de valvules : les veines de la dure-mère (sinus veineux), la veine cave supérieure, la veine porte et les veines rénales.
C. Les nerfs
- Cordons blanchâtres, conducteurs des incitations sensorielles et motrices.
- On distingue les nerfs crâniens et les nerfs rachidiens (spinaux).
D. Les lymphatiques
- Les vaisseaux lymphatiques drainent la lymphe et la déversent dans le système veineux, en faisant relais dans les ganglions (nœuds) lymphatiques.
- Ils naissent dans toutes les parties du corps d'un réseau de capillaires lymphatiques, se jettent dans des troncs collecteurs, qui s'ouvrent dans les grosses veines de la base du cou.
- Ils sont en général satellites des vaisseaux sanguins.
- Le système lymphatique joue un rôle de système d'alarme : toute agression dans un territoire se traduit par une réaction du relais ganglionnaire correspondant.
Conclusion
L'anatomie fournit le langage commun de toute la médecine. La position anatomique de référence, les quatre plans (médian, sagittaux, coronaux, transversaux) et les termes de rapport ne sont pas de simples conventions de vocabulaire : ils garantissent que la description d'une lésion soit comprise à l'identique par le clinicien, le radiologue et le chirurgien. Toute description ultérieure, quelle que soit la région étudiée, s'y rapportera.
Les éléments constitutifs de base — os, articulations, muscles, artères, veines, nerfs et lymphatiques — obéissent chacun à une organisation stéréotypée que l'on retrouvera, région après région, tout au long du programme. Les chapitres suivants appliqueront ces notions au squelette axial, aux parois thoraciques, puis aux organes du thorax et au membre supérieur : le même plan d'étude (situation, configuration, rapports, vascularisation, innervation) y sera systématiquement repris.
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