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Physiologie · Physiologie rénale · Fiche 02

Transferts tubulaires et équilibres hydrique, sodique et acido-basique

Seconde étape de la formation de l'urine et rôle du rein dans la régulation des grands équilibres du milieu intérieur

Par l'équipe MedFiches · 5 objectifs · 4 questions de QCM · publié le 26 septembre 2026

Fiche relue et validée par un médecin

Ce que tu dois savoir faire après cette fiche

  1. 1.Connaître les mécanismes de transport tubulaire (réabsorption et sécrétion) et leurs exemples (glucose, urée).
  2. 2.Comprendre le mécanisme de création et de maintien du gradient osmotique cortico-papillaire.
  3. 3.Connaître le rôle de l'ADH dans la régulation du bilan hydrique.
  4. 4.Connaître la régulation hormonale du bilan sodique (aldostérone, facteur natriurétique auriculaire).
  5. 5.Connaître le rôle du rein dans le maintien de l'équilibre acido-basique.
Sommaire de la fiche

Introduction

Après la filtration glomérulaire, l'urine primitive subit tout au long du tubule urinifère des transferts bidirectionnels — réabsorption vers le sang, sécrétion vers la lumière tubulaire — qui déterminent la composition finale de l'urine excrétée. Ces transferts sont le support de la régulation fine des grands équilibres du milieu intérieur : équilibre hydrique, équilibre sodique et équilibre acido-basique, chacun reposant sur un couple d'hormones ou de mécanismes de régulation propre. Nous étudierons successivement les mécanismes généraux des transferts tubulaires, la régulation du bilan hydrique (gradient cortico-papillaire et ADH), la régulation du bilan sodique (aldostérone, facteur natriurétique), et le rôle du rein dans l'équilibre acido-basique.

I. Les transferts tubulaires

A. Organisation et mécanismes de transport

Les cellules tubulaires sont des cellules polarisées : un pôle apical tourné vers l'urine, un pôle baso-latéral tourné vers le sang, avec une répartition asymétrique des protéines de transport. Les échanges empruntent 2 voies : transcellulaire (diffusion facilitée, transport actif primaire via la pompe Na+/K+-ATPase, transport actif secondaire, pinocytose) et paracellulaire (mouvements passifs à travers les jonctions serrées).

B. Exemple de réabsorption active : le glucose

Librement filtré, le glucose est presque totalement réabsorbé au niveau du tube contourné proximal en 2 étapes : passage de la membrane apicale par transport actif secondaire (cotransporteurs Na+/glucose SGLT-1 et SGLT-2), puis passage de la membrane basolatérale par diffusion facilitée (transporteurs GLUT-1 et GLUT-2). Ce transport est saturable : au-delà du transfert maximal (Tm, environ 375 mg/min chez l'homme, soit 3 g/L de glycémie), tout excès de glucose filtré est éliminé dans les urines — la glucosurie apparaît en pratique dès 1,8 g/L en raison de l'hétérogénéité du Tm entre néphrons.

C. Exemple de réabsorption passive : l'urée

Produit terminal du métabolisme protéique, l'urée est librement filtrée puis réabsorbée passivement à 50 % dans le tube contourné proximal, selon le gradient créé par la réabsorption d'eau. Sa recirculation dans le tube collecteur (perméabilité augmentée par l'ADH) participe pour environ un tiers au gradient osmotique cortico-papillaire, essentiel à la concentration des urines.

D. Fonctions tubulaires selon le segment

Le tube contourné proximal assure une « réabsorption massive » : 70 % de l'eau, du sodium et du phosphate filtrés, 80 % du bicarbonate, la quasi-totalité du glucose et des acides aminés. L'anse de Henlé réabsorbe 20-30 % du sodium et 70 % du magnésium, et initie le gradient cortico-papillaire. Le néphron distal (tube distal et collecteur), siège de moins de 10 % de la réabsorption, réalise l'ajustement fin des bilans hydro-électrolytiques sous contrôle hormonal.

E. Clairance rénale et transferts tubulaires

L'excrétion urinaire d'une substance X résulte de la filtration et du transfert tubulaire net (sécrétion moins réabsorption) : Cx = DFG + Tx/Px. Si Tx = 0, la substance n'est que filtrée (Cx = DFG, cas de l'inuline) ; si Tx < 0, elle est nette réabsorbée (Cx < DFG) ; si Tx > 0, elle est nette sécrétée (Cx > DFG, cas de la créatinine et de l'ammoniac).

II. Le rein et l'équilibre hydrique

A. Bilan hydrique nul

Le bilan hydrique quotidien (entrées ≈ sorties ≈ 2 500 mL) est maintenu nul par ajustement des entrées (soif, déclenchée par des osmorécepteurs hypothalamiques sensibles à l'augmentation de l'osmolalité plasmatique) et des sorties (diurèse, ajustée par l'ADH). Un bilan positif entraîne une hypoosmolalité et une hyperhydratation intracellulaire ; un bilan négatif entraîne une hyperosmolalité et une déshydratation intracellulaire.

B. Réabsorption obligatoire et facultative de l'eau

Le tube contourné proximal et la branche descendante de l'anse de Henlé, perméables à l'eau de façon permanente, assurent la réabsorption obligatoire (90 % de l'eau filtrée), indépendante de l'état d'hydratation. Le tube collecteur assure la réabsorption facultative (9 %), dont la perméabilité dépend de l'imprégnation en ADH.

C. Le gradient osmotique cortico-papillaire (GOCP)

Le GOCP, indispensable à la capacité de concentration des urines, se crée dans l'anse de Henlé par un mécanisme de multiplication à contre-courant : la branche ascendante, imperméable à l'eau, réabsorbe activement le NaCl (cotransport Na+/K+/2Cl-) vers l'interstitium sans eau, tandis que la branche descendante, perméable à l'eau mais pas au NaCl, laisse l'eau s'équilibrer avec l'interstitium de plus en plus concentré au fur et à mesure de la progression vers la papille. Ce gradient est maintenu grâce aux vasa recta, échangeurs à contre-courant parallèles à l'anse de Henlé, dont l'organisation en épingle évite la dissipation du gradient par le flux sanguin.

D. L'ADH et la régulation de la diurèse

L'ADH (vasopressine), produite par l'hypothalamus et sécrétée par la post-hypophyse, est stimulée par 2 signaux : l'augmentation de l'osmolalité plasmatique (osmorécepteurs hypothalamiques, stimulus principal) et la diminution du volume plasmatique (volorécepteurs de l'oreillette gauche). En présence d'ADH, le tube collecteur devient perméable à l'eau (insertion d'aquaporines-2), permettant une réabsorption massive d'eau sans soluté et la formation d'urines hypertoniques (jusqu'à 1200 mOsm/L) ; en son absence, le tube collecteur reste imperméable et les urines demeurent hypotoniques (osmolarité jusqu'à 50 mOsm/L). Le rein contrôle ainsi l'excrétion d'eau indépendamment du bilan des autres solutés.

III. Le rein et l'équilibre sodique

A. Bilan sodique et rôle physiologique

Principal cation du compartiment extracellulaire, le sodium (natrémie = 140 ± 5 mmol/L) est déterminant de l'osmolalité plasmatique et du volume cellulaire. Une hyponatrémie entraîne une hypoosmolalité, une diffusion d'eau vers les secteurs interstitiel et intracellulaire, avec risque d'œdème cérébral engageant le pronostic vital. Les apports alimentaires en sodium varient considérablement (0,05 à 25 g/j), imposant une régulation rénale très précise des sorties — il n'existe pas de régulation des entrées chez l'homme.

B. Régulation hormonale de la natriurèse

L'aldostérone, hormone minéralocorticoïde de la corticosurrénale, diminue la natriurèse en favorisant la réabsorption du sodium au niveau du tube collecteur (couplée à une sécrétion de potassium), en réponse à une hyponatrémie ou à une activation du système rénine-angiotensine-aldostérone. Le facteur natriurétique auriculaire (FNA), sécrété par l'oreillette gauche en réponse à une distension volémique, augmente au contraire la natriurèse en inhibant la sécrétion d'aldostérone et en augmentant le DFG.

C. Application thérapeutique : les diurétiques

Chaque classe de diurétiques cible un site précis de réabsorption du sodium : l'acétazolamide (anhydrase carbonique) au tube proximal, le furosémide (cotransporteur Na-K-2Cl) à l'anse de Henlé, les thiazides (cotransporteur Na-Cl) au tube distal, et la spironolactone/le triamtérène/l'amiloride au tube collecteur (antagonisme de l'aldostérone ou blocage direct du canal sodique).

IV. Le rein et l'équilibre acido-basique

Le maintien du pH sanguin entre 7,35 et 7,45 repose sur 3 lignes de défense : les systèmes tampons chimiques, à réponse instantanée mais limitée ; la respiration pulmonaire, à court terme (rapide) ; et le rein, à long terme (lent mais définitif). Le rein régule le pH par 2 mécanismes complémentaires : la réabsorption des bicarbonates filtrés par le glomérule, et la régénération de bicarbonates neufs dans les cellules tubulaires, couplée à l'élimination des ions H+ produits — notamment sous forme d'ammoniaque (NH4+), à partir de la glutamine, et de phosphates (acidité titrable).

Face à une charge acide aiguë, l'organisme capte les H+ par les tampons (surtout HCO3-), élimine le CO2 produit par hyperventilation, puis augmente l'élimination rénale d'H+ et la réabsorption de HCO3-. Face à une charge basique, la réponse est inverse : hypoventilation et diminution de l'élimination rénale d'H+.

Conclusion

Les transferts tubulaires, seconde étape de la formation de l'urine, transforment l'ultrafiltrat glomérulaire en urine définitive par des mécanismes de réabsorption et de sécrétion spécifiques à chaque segment du néphron. Ils sous-tendent la régulation fine des 3 grands équilibres du milieu intérieur : le bilan hydrique (ADH, gradient cortico-papillaire), le bilan sodique (aldostérone, facteur natriurétique) et l'équilibre acido-basique (réabsorption des bicarbonates, excrétion d'H+). Le chapitre suivant abordera la neurophysiologie cellulaire, changeant de système pour étudier les principes fondamentaux de la communication nerveuse : cellule nerveuse, cellules gliales et transmission synaptique.

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