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Physiologie · Physiologie cardiovasculaire · Fiche 06

Physiologie des circulations coronaire et cérébrale

Débit, consommation métabolique et régulation

Par l'équipe MedFiches · 4 objectifs · 4 questions de QCM · publié le 26 septembre 2026

Fiche relue et validée par un médecin

Ce que tu dois savoir faire après cette fiche

  1. 1.Définir le débit coronaire et connaître sa valeur normale et ses déterminants.
  2. 2.Décrire la relation entre la consommation myocardique d'oxygène et le débit coronaire.
  3. 3.Connaître les facteurs mécaniques, neurohumoraux et métaboliques de régulation du débit coronaire.
  4. 4.Décrire le débit sanguin cérébral, sa régulation et les situations pathologiques associées.
Sommaire de la fiche

Introduction

Les circulations coronaire et cérébrale desservent 2 organes à haute exigence métabolique et à très faible tolérance à l'ischémie. Leur physiologie repose sur des principes communs (rapport pression de perfusion/résistances, autorégulation) mais des particularités propres à chaque territoire.

I. Physiologie de la circulation coronaire

1. Débit coronaire : définition et valeurs normales

  • Le débit coronaire (Q'cor) est le volume de sang apporté au myocarde par minute : 250 mL/min au repos, soit 5 % du débit cardiaque, alors que le cœur ne représente que 0,4 % du poids corporel. Le débit coronaire droit ≈ 3/4 du débit coronaire gauche.

2. Déterminants du débit coronaire

  • Q'cor = ΔP / Rcor. ΔP = pression de perfusion (assimilée à la pression artérielle systémique/aortique). Rcor comprend 3 résistances : visqueuse basale (anatomique), autorégulatrice (intrinsèque, sous contrôle métabolique/neurohumoral, la plus importante), et de compression (tension pariétale).
  • La pression de perfusion n'affecte pas le débit coronaire entre 60 et 160 mmHg grâce à l'autorégulation coronaire (vasodilatation si ↓pression, vasoconstriction si ↑pression). Le flux coronaire gauche est essentiellement diastolique (écrasement systolique des vaisseaux sous-endocardiques du VG), contrairement au flux coronaire droit.

3. Consommation d'oxygène du myocarde (MVO2)

  • MVO2 basale ≈ 25 mL/min pour le cœur entier (8-10 mL/min/100g), dont 30-40 % assurent le travail externe (éjection ventriculaire). Augmente 5 fois à l'effort intense. Déterminants : fréquence cardiaque (relation linéaire), tension pariétale (VTD, pression systolique), contractilité (inotropes positifs/sympathique, +5-10 %).
  • MVO2 = Q'cor × DAVO2 (différence artério-veineuse en O2, presque constante). L'augmentation de MVO2 passe donc surtout par l'augmentation du débit coronaire (×3-4) plutôt que par l'extraction d'O2.

4. Facteurs de régulation du débit coronaire

Facteur Mécanisme
Mécanique Forces de contrainte externes (écrasement systolique sous-endocardique), pression de perfusion (autorégulation)
Neurohumoral Sympathique → vasoconstriction (récepteurs α1) ; parasympathique → vasodilatation endothélium- dépendante (acétylcholine → NO/GMPc)
Métabolique Vasodilatateurs : adénosine, H+, K+, acide lactique, hypercapnie, hypoxie, acidose. Vasoconstricteurs : sérotonine, prostaglandine H2, endothéline
  • Vasodilatateurs coronaires : nitroglycérine, prostacycline, adénosine, antagonistes calciques. Vasoconstricteurs : vasopressine, angiotensine II, agonistes α-adrénergiques.

II. Physiologie de la circulation cérébrale

1. Anatomie fonctionnelle

  • Vascularisation assurée par les 2 artères carotides internes (→ artères cérébrales moyennes et antérieures) et les 2 artères vertébrales (→ tronc basilaire → artères cérébrales postérieures). Ces 4 artères s'anastomosent en un polygone (cercle) de Willis via les artères communicantes antérieure et postérieures. Drainage veineux : veines cérébrales superficielles/profondes → sinus veineux duraux → veines jugulaires internes.

2. Débit sanguin cérébral (DSC) : définition et valeurs

  • DSC moyen = 750 mL/min (15 % du débit cardiaque) pour un cerveau ne représentant que 2 % du poids corporel, soit 50 mL/min/100g. Substance grise (80 mL/min/100g) > substance blanche (20 mL/min/100g). Volume sanguin cérébral : 5-10 mL/100g.

3. Déterminants du DSC

  • DSC = ΔP/Rcér = (PA - PVC)/Rcér (PPC ≈ PA, la pression veineuse cérébrale étant négligeable). L'autorégulation cérébrale maintient le DSC constant entre 50 et 150 mmHg de pression artérielle. La pression intracrânienne (PIC), normalement ≈ 12 mmHg, module la pression de perfusion réelle (PPC = PA - PIC) ; une PIC > 30 mmHg réduit sévèrement le DSC.
  • Loi de Monro-Kellie : la somme des 3 compartiments intracrâniens (vasculaire 5 %, liquidien/LCR 15 %, parenchymateux 80 %) est constante ; toute augmentation de l'un (hémorragie, hydrocéphalie, tumeur) entraîne une hypertension intracrânienne (HTIC).

4. Consommation cérébrale d'O2 et de glucose

  • CMRO2 (Cerebral Metabolic Rate of O2) = 50 mL/min (3,5 mL/min/100g), soit 20 % de la consommation totale d'O2 de l'organisme. CMRG (glucose) = 5 mg/min/100g, soit 25 % de la consommation totale. Couplage DSC-métabolisme : CMRO2 = DSC × DAVO2.

5. Régulation du débit sanguin cérébral

  • Régulation humorale/chimique : l'hypercapnie est le facteur le plus puissant (relation linéaire entre 20 et 90 mmHg de PaCO2, de -50 % à +75 % de DSC) — hypercapnie = vasodilatation, hypocapnie = vasoconstriction (risque ischémique). L'hypoxie n'agit que sous 60 mmHg de PO2 (réponse non linéaire) ; l'hyperoxie est sans effet.
  • Autorégulation myogénique : maintient le DSC constant entre 50 et 150 mmHg de pression artérielle (vasoconstriction si ↑PA, vasodilatation si ↓PA), prévenant l'ischémie (chute de PA) et l'œdème (élévation de PA).
  • Régulation nerveuse extrinsèque : sympathique (ganglion cervical supérieur) → ↓DSC de 20 % ; parasympathique (ganglions sphénopalatin, otique) → ↑DSC (libération de NO) ; fibres peptidergiques → neuropeptides vasodilatateurs (substance P, CGRP, VIP) ou vasoconstricteurs (neurokinines).

Conclusion

Les circulations coronaire et cérébrale partagent le même déterminisme fondamental (rapport pression de perfusion/résistances) et un puissant mécanisme d'autorégulation protégeant le débit contre les variations de pression artérielle. Elles se distinguent par leurs particularités propres : la dépendance diastolique du flux coronaire gauche, et la sensibilité extrême du débit cérébral à la PaCO2 et à la pression intracrânienne, gouvernée par la loi de Monro-Kellie. Ce chapitre clôt l'étude de la physiologie cardiovasculaire abordée dans ce cours ; les chapitres suivants portent sur la physiologie digestive, endocrinienne et respiratoire.

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